La route de Niksic à Sarajevo traverse la montagne et longe le lac Pivsko.
On peut toujours s’amuser à comparer ce qui ne devrait pas
être comparable, mais ce fin fond monténégrin ressemble beaucoup aux Alpes du
Nord entre vallées encaissées, herbages, chalets, troupeaux… Le passage de la
frontière est typique des postes isolés. Les riverains des deux pays passent en
nous doublant par la droite ; un petit signe de la main au douanier style «
salut pote comment va ta femme ? »… Le contrôle est effectif, mais
détendu. Il faut dire que l’on en a passé quelques uns depuis une semaine et
que dans la plupart des cas on regardait à peine nos cartes d’identité. Pont de
bois, voirie étroite, parfois défoncées et transformées en chemins de terre. Ca
amuse beaucoup Delphine à qui cela rappelle les Vosges.
Je ne m'attendais à rien en arrivant à Sarajevo... juste ce souvenir d'une ville en guerre, les images de bombardements, de destruction dans des Balkans à feu et à sang. La ville conserve encore aujourd'hui les stigmates, les impacts de la guerre, mais la ville se renouvelle. Les tramways empruntent de longues avenues sûrement héritées de Tito du temps de la Yougoslavie, entre Vieux et Nouveau Sarajevo. Des tours de verre ponctuent le paysage, îlots de modernité dans une ville qui se cherche.
Notre appartement se trouve dans le vieux Sarajevo, sur les pentes du quartier musulman. c'est une équipée que d'y arriver en voiture et une fois dans la rue... c'est un double sens pour la place d'une voiture et demie. Je descends de la voiture et comprend qu'il y a eu surbooking! Comment je ne vais pas pouvoir dormir là... euh comment dire... "don't you have any solution? know someone to host us?" et bien... on dormira à quelques mètres de là dans la famille qui loue aussi... et à qui il reste miraculeusement une chambre... 50 BAM (25€)... ça nous va.
A peine le temps de sauter sous la douche (on est trempés) et de repartir. En fait, les couchsurfeurs de Sarajevo ont organisé des activités pour la semaine. Aujourd'hui, c'est visite de la ville. rendez-vous à la cathédrale à 14h... il fait presque trop chaud pour rester au soleil mais on arrive just in time. Le petit groupe de belges, hollandais, allemands, américains, anglais, suédois, turcs, français évidemment, suivent les explications des hôtes croates... un peu au pas de course pour ceux qui habituellement prennent quelques photos mais c'est parfait. Dans le quartier musulman, on s'attablera dans une petite cour ombragée avec des cafés bosniaques (ne pas dire turc) pour beaucoup, et une limonade (oui vous avez bien entendu) puis une autre... la vraie, citron pressée, glaçon, qui désaltère. Toute la petite troupe monte ensuite en haut du cimetière musulman du stari sarajevo (à deux pas de l'appartement) pour avoir la vue sur la ville.
Sarajevo c’est une histoire, des
cultures; une atmosphère toute particulière qui m’a réjoui… et je ne dis pas
souvent ça d’une ville. C’est une ville poignante, grouillante, bruyante, de
jour comme de nuit, vivante quand on pouvait l’imaginer enterrée sous le poids
de ces quelques années de siège. C’est la cathédrale qui côtoie les mosquées, le
salam alikoum qui répond au dober dan. Les jeunes qui côtoient les
plus âgés, les femmes (juste) voilées qui se fondent merveilleusement bien
dans la foule autour d’eux... Ce sont les jeunes qui envahissent les terrasses
qui tantôt passent les matchs de foot, tantôt une musique toute occidentale (des années 80). C’est
la rivière Miljacka
qui a tant connu, y compris l’assassinat de François Ferdinand… et dont les
ponts anciens et nouveaux créent du lien. Ce sont les bâtiments qui
traversent les âges : mosquées du XIVe, cathédrales, grand immeubles « européens »
avec leur frontons régionalistes, une banque nationale qui a emprunté à l’architecture
des années 30 ou la raideur des années Tito. Ce sont des mémoriaux, une académie
(pour la paix), des monuments qui renaissent de leur cendre (La grande
bibliothèque incendiée par les serbes)… c’est
un parti pris, le parti pris d’une jeunesse qui pourra peut-être tourner la
page même si certains, plus engagés politiquement évoquent une tristesse (pas
une rancune) pour une période qu’ils n’ont pas ou peu connue. J’en ressors avec
une envie de « reviens-y » extraordinaire. Vous aurez compris…
Sarajevo est mon coup de cœur de l’année.
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